Sous la présidence du Conseil National de Lutte contre le Sida (CNLS) et en étroite collaboration avec la Commission Santé de l’Assemblée nationale, un atelier de plaidoyer et de sensibilisation destiné aux parlementaires s’est tenu les 27 et 28 juillet 2026 à Saly. Cet événement institutionnel de haut niveau a réuni les représentations des Commissions Santé, Lois et Finances, aux côtés des autorités sanitaires, des acteurs de la société civile et des partenaires techniques et financiers.
L’objectif majeur de cette rencontre était d’articuler l’action législative, budgétaire et de contrôle parlementaire autour des enjeux stratégiques de la pérennisation de la riposte au VIH et du respect des droits humains.
Un bilan sanitaire solide, mais des fragilités ciblées
Les données épidémiologiques présentées lors des travaux soulignent l’efficacité de la réponse nationale. Le Sénégal maintient une prévalence faible au sein de la population générale, établie à 0,36 % en 2025. La cascade thérapeutique enregistre des résultats probants chez les personnes effectivement sous traitement, confirmant l’efficacité des traitements antirétroviolaux dans la suppression de la charge virale.
Toutefois, la représentation nationale a été sensibilisée aux disparités et aux vulnérabilités émergentes :
- Une progression chez les jeunes : En 2025, la tranche des 15-24 ans représentait 27,9 % des nouvelles infections.
- Des goulots d’étranglement au dépistage : La connaissance du statut sérologique demeure insuffisante, particulièrement chez les enfants et au sein de certaines populations hautement vulnérables.
Consolidation du cadre juridique et préservation des droits humains
Les échanges ont permis de réexaminer la portée de la Loi n° 2010-03 du 9 avril 2010 relative au VIH/Sida. Si ce texte fondamental garantit l’interdiction des discriminations, le droit à la prise en charge et la confidentialité des données médicales, l’évolution des connaissances scientifiques appelle à une actualisation de certains mécanismes.
Les débats ont notamment souligné l’importance d’intégrer pleinement le principe scientifique « Indétectable = Intransmissible » (I=I) dans l’interprétation et l’évolution de la législation. Les parlementaires ont insisté sur la nécessité de garantir un cadre normatif protecteur, capable de prévenir toute stigmatisation et d’encourager le recours précoce au dépistage et aux soins.
Souveraineté financière et transition vers des ressources domestiques
L’un des axes cardinaux de l’atelier a porté sur la viabilité financière du programme national. Face à la contraction annoncée des financements internationaux — qui couvraient encore 83 % des dépenses de la riposte en 2024 —, la transition vers un financement national durable s’impose comme un enjeu de souveraineté sanitaire.
Les travaux ont mis en évidence l’urgence de :
- Sécuriser une ligne budgétaire dédiée au sein des lois de finances, inscrite dans une programmation pluriannuelle.
- Nationaliser progressivement l’achat des intrants stratégiques, à commencer par les antirétroviraux de première ligne.
- Intégrer la prise en charge dans le système général de santé et de protection sociale, tout en garantissant des mécanismes de remboursement pérennes pour les structures de soins.
Un engagement institutionnel concrétisé par une feuille de route
À l’issue des deux jours de travaux, un accord s’est dégagé sur la mise en place d’un groupe de travail intercommissions (Santé – Lois – Finances). Ce dispositif assurera le suivi de la feuille de route arrêtée, laquelle prévoit notamment l’évaluation de la loi de 2010, l’instauration d’une audition parlementaire annuelle de redevabilité et la budgétisation progressive des actions prioritaires.
En réunissant législation, planification budgétaire et santé publique, le CNLS et l’Assemblée nationale réaffirment la volonté de l’État du Sénégal de consolider ses acquis et de bâtir une riposte au VIH inclusive, autonome et durable.

