Dr Safiatou Thiam Secrétaire Exécutive du CNLS : <<La transmission volontaire du Sida  est un délit difficile à établir>>

L’actualité sur la transmission volontaire du Vih et la vague d’arrestations qui s’en est suivie met le Conseil national de lutte contre le Sida (Cnls) au-devant de la scène nationale. Sa Secrétaire exécutive, le Dr Safiatou Thiam, ancien ministre de la Santé, spécialiste en sciences biomédicales tropicales et en santé publique, experte Vih, entre autres, apporte, dans cet entretien, des éclairages sur la question tout en rassurant les populations sur les risques de propagation de la maladie. Elle exhorte les populations à s’informer tout en condamnant le délit de la transmission volontaire, même si elle estime que c’est très difficile à établir

L’actualité est alimentée par la transmission volontaire du VIH et une vague d’arrestations de présumés homosexuels. Cette transmission volontaire renvoie à quoi dans votre lexique ?

 La transmission volontaire du VIH, nous insistons là-dessus, est punie par la loi. C’est un délit. Personne n’a le droit, même si ce n’est pas le VIH, de transmettre volontairement une maladie. C’est porter atteinte à l’intégrité physique de quelqu’un. Clairement, il faut qu’on sache que c’est réprimé par la loi. Maintenant, sur le plan technique, c’est quoi une transmission volontaire ? Parce qu’on voit les gens parler de transmission volontaire sur la base de : « on l’a testé, il est positif, donc on le condamne pour transmission volontaire ». Pour qu’il y ait transmission volontaire, selon la loi, il faut la convergence de plusieurs facteurs. Il faut qu’il y ait déjà la connaissance du statut sérologique. Deux personnes peuvent avoir une relation contaminante. Mais, la personne qui a contaminé ne sait peut-être même pas qu’elle a le VIH. Donc, le premier point, c’est que la personne doit savoir qu’elle a le Vih. Ensuite, il faut des faits. Cela veut dire qu’il y a une relation sans protection d’une personne négative avec une personne incriminée qui est positive. Maintenant, il faut un lien de causalité. Il faut pouvoir prouver que c’est le virus de A qui a contaminé B. Il y a des tests qui peuvent le prouver : les tests phylogénétiques. Il faut prendre le génome du virus A pour le comparer avec le gène du virus B. On le voit dans la transmission mère-enfant. Le virus de la mère, c’est exactement le virus de l’enfant ou, en tout cas, c’est très proche, car les virus changent. Il faut aussi prouver qu’il y avait une intention de transmettre le virus. C’est très compliqué à prouver. Mais, les enquêteurs savent tout cela parce qu’il s’agit d’une démarche judiciaire. Nous pensons qu’il faut respecter la présomption d’innocence des gens.

 Peut-on donc dire que le terme transmission volontaire est à la fois médical, juridique et scientifique ?

Exactement ! C’est un terme technique. Mais aujourd’hui, comme vous dites, l’actualité est très fournie par rapport à la question et les gens en parlent sans pour autant connaître les tenants et les aboutissants. Il y a également des risques de désinformation et d’amalgame

Qu’est-ce qui devrait être, aujourd’hui, la meilleure façon de traiter le sujet dans l’espace public et médiatique pour vous ? En tout cas, au CNLS, nous nous disons que nous ne devons pas être dans l’émotion. Nous ne devons pas suivre la clameur populaire. Notre démarche, c’est de donner la bonne information. Cependant, quand il y a une crise, les gens n’écoutent même pas la vérité, ils n’entendent pas ces informations. Mais, nous, nous donnons juste les vraies informations, disons ce qu’il y a sur le plan technique, et puis, quand l’émotion sera passée, les gens vont, peut-être, apprendre de ce que nous avons donné comme informations. Notre démarche doit être éthique, respectueuse de la dignité des gens, des droits des individus. Certains ont confié leurs secrets, d’autres ne l’ont pas fait. Et notre rôle en tant que soignants, c’est de recevoir tout le monde, de dépister, de donner des traitements, de donner des conseils. Nous expliquons aux populations que quand on se protège avec le préservatif, on n’aura pas le VIH. Il y a aussi des médicaments, quand on les prend en étant négatif, on n’attrape pas le VIH. Il y a aussi que quand la personne qui a le VIH se soigne avec les antirétroviraux et qu’elle a une charge virale indétectable, elle ne transmet plus le VIH. Maintenant, si nous fragilisons tout ce travail que nous avons fait pour protéger la population de manière générale, le danger va venir puisque les personnes séropositives ne suivront plus leur traitement et la transmission ne va pas s’arrêter. Elle va plutôt continuer.

Quel message voulez-vous adresser aux populations par rapport à la propagation et à la stigmatisation ?

 Il faut savoir qu’une personne qui vit avec le VIH et qui est dépistée, traitée, ne transmet pas la maladie. Ce n’est pas la peine d’en ajouter à son angoisse de vivre avec une maladie de façon chronique. Les personnes vivant avec le VIH vivent positivement leur statut. Aujourd’hui, c’est la panique parce qu’elles ne veulent pas être mêlées à l’histoire de l’homosexualité. Nous vivons donc avec des personnes qui prennent leur traitement et qui n’ont rien à voir avec tout ce qui est en train de se dire. Il faut respecter la dignité de ces personnes. Il ne faut pas les stigmatiser. Les gens qui ont le Vih ne veulent pas qu’on parle de leur maladie. C’est leur droit, à juste raison. Respectons le droit des personnes, respectons la dignité des personnes.

Avec <<LE SOLEIL>>